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Hidden Plots in Lebanon [Hidden Plots in Lebanon]

L’assassinat de Pierre Gemayel, ministre libanais de l’Industrie, est un acte indéniablement terroriste qui intervient à un moment délicat de polarisation politique au Liban.  L’empressement de Washington – et certains de ses clients libanais – à désigner la Syrie souligne d’emblée l’enjeu géopolitique de la situation au Liban.

Mais cela n’empêche pas de noter, froidement, que Damas n’avait, dans le contexte libanais actuel, aucun intérêt à commanditer un tel crime.  Le gouvernement pro-américain de Siniora, détenteur d’une majorité très relative, déjà affaibli par la démission des ministres du Hezbollah et d’Amal, risquait d’être emporté par la décision de l’opposition de recourir à la rue pour obtenir un gouvernement d’union nationale ou la tenue d’élections législatives anticipées.

Ce meurtre n’est donc nullement lié, quoi qu’en disent les médias occidentaux, compulsivement antisyriens, à l’examen par le Conseil de sécurité du projet de tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri.  Il est à lire comme une tentative de bloquer la décision politique de l’opposition de recourir pacifiquement à la rue pour faire tomber le gouvernement.

La décision du Hezbollah et de ses alliés de recourir à des manifestations politiques pacifiques est un acte politique majeur de l’après-guerre.  Il met le gouvernement de Siniora, dont la constitutionnalité est désormais fortement contestée, dans une situation intenable.  Le Front de l’opposition, articulé autour du Hezbollah, regroupe un spectre politique et communautaire très large.  C’est ce caractère pluriel, populaire et national de l’opposition antigouvernementale qui est ciblé par cet acte de stratégie de la tension destiné à provoquer la confusion et à créer, par la violence, une situation d’instabilité qui légitimerait une intervention étrangère.  On voit mal la Syrie, que l’on présente comme une puissance machiavélique, commettre un acte contre ses propres intérêts.

Mais on distingue très clairement le profit qu’Israël et d’autres puissances, qui agissent ouvertement sur la scène libanaise, peuvent en tirer.  La guerre d’agression israélienne a montré que la ligne de fracture politique au Liban est entre pro-américains et anti-impérialistes.  La bataille politique interne a des dimensions internationales directes.  La chute du gouvernement Siniora serait un échec de plus pour les Etats-Unis après l’impuissance d’Israël à liquider la résistance libanaise.  Or, ce gouvernement Siniora est dans une position fragilisée, politiquement très amoindri.  Dans l’opposition, on retrouve, aux côtés du Hezbollah, de nombreux dirigeants sunnites, mais aussi des leaders chrétiens de poids comme le général Michel Aoun et Soleimane Frangié.  Soumis à de fortes pressions, ces deux hommes ont fait preuve de caractère et ont refusé de renier leur alliance nationale et l’objectif d’un gouvernement d’union démocratique ou de législatives anticipées.

A défaut d’avoir pu amadouer les leaders chrétiens d’opposition, l’objectif est clairement de semer le trouble dans leurs bases.  En ciblant un ministre chrétien des Phalanges, on cherche à casser la popularité des leaders chrétiens d’opposition en provoquant un réflexe communautaire et à forcer l’opposition à renoncer aux manifestations de rue.  C’est l’exercice pacifique du droit démocratique de manifester qui est ciblé par cet acte barbouzard destiné à manipuler la «rue chrétienne», dans un Liban où les services étrangers agissent en force et avec des collusions locales.

The assassination of Pierre Gemayel, the Lebanese Minister of Industry, is an unquestionably terrorist act which struck at a delicate moment of political polarization in Lebanon.  The eagerness of Washington — and some of its Lebanese clients — to point the finger at Syria immediately highlights the geopolitical stake of the situation in Lebanon.

But that doesn’t prevent us from noting, coolly, that Damascus did not have, in the current Lebanese context, any interest in commissioning such a crime.  The pro-American government of Siniora, enjoying only a very relative majority and already weakened by the resignation of the Hezbollah and Amal ministers, was likely to be swept away by the decision of the opposition to turn to the streets to obtain a government of national unity or early legislative elections.

This murder is thus by no means linked, no matter what the compulsively anti-Syrian Western media say, to the Security Council’s consideration of an international tribunal on the assassination of Rafic Hariri.  It is to be read as an attempt to block the political decision of the opposition to turn peacefully to the streets to make the government fall.

The decision of Hezbollah and its allies to resort to peaceful political demonstrations is a major political act of the post-war period.  It puts the government of Siniora, whose constitutionality is now very much contested, in an untenable situation.  The opposition front, united around Hezbollah, encompasses a very broad political and community spectrum.  It is this plural, popular, and national character of the anti-government opposition that is targeted by this act of strategy of tension intended to provoke confusion and to create, by violence, a situation of instability which would legitimate a foreign intervention.  It is difficult to imagine that Syria, which is represented as a Machiavellian power, would commit an act against its own interests.

But one can very clearly see the profit that Israel and other powers, which act openly on the Lebanese scene, can gain.  The war of Israeli aggression showed that the line of political fracture in Lebanon is between pro-Americans and anti-imperialists.  The internal political battle has direct international dimensions.  The fall of the Siniora government would be moreover a defeat for the United States after Israel’s inability to liquidate the Lebanese resistance.  Now, the Siniora government is in a weakened position, very much politically diminished.  In the opposition, one finds, on the side of Hezbollah, not only many Sunni leaders, but also influential Christian leaders like General Michel Aoun and Soleimane Frangié.  Subjected to strong pressures, these two men have demonstrated their character and refused to disavow their national alliance and the objective of a government of democratic unity or early legislative elections.

Given the failure to sway the Christian leaders of opposition, the objective is clearly to sow disorder in their bases.  By targeting a Christian Minister of the Phalanges, they seek to shatter the popularity of the Christian leaders of the opposition by provoking a communalist reaction and to force the opposition to give up street demonstrations.  It is the peaceful exercise of the democratic right to demonstrate that is targeted by this covert action intended to manipulate the “Christian street,” in Lebanon where foreign services act in force and with local collusions.


The original article in French was published in Le Quotidien d’Oran on 22 November 2006.  Translation by Yoshie Furuhashi (@yoshiefuruhashi | yoshie.furuhashi [at] gmail.com).

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